/ L’Univers Musical des Médiathèque Alsaciennes, une expérimentation du streaming et de la médiation musicale en bibliothèque. ]
« Il s’agissait d’expérimenter une plateforme d’écoute et de médiation musicale en bibliothèque pour quatre structures différentes [...] L’expérimentation est un succès tant du point de vue de musicMe qui peut proposer aux bibliothèques un service de streaming [...] que du point de vue de l’appropriation de la plateforme par les bibliothécaires musicaux [...]«
La médiathèque départementale du Haut-Rhin avait développé Calice68 un portail documentaire participatif qui contenait des notices enrichies par des contenus externes : biographie des auteurs en provenance de wikipédia, archives vidéos avec l’INA, critiques de documents produites sur Amazon,… Il manquait dans ce cadre l’écoute de morceaux de musiques et les solutions existantes étaient trop lacunaires pour convenir à nos besoins. Nous avons donc pris notre bâton de pèlerin et sollicité les sites internet français proposant du streaming. Il s’est trouvé que seul MusicMe avait les droits de nous proposer ce service. De manière concomitante, le Ministère de la Culture a lancé son premier appel à projet culturel numérique innovant.
C’est dans ce cadre que nous avons soumis et été retenu pour le projet UMMA, l’Univers Musical des Médiathèques Alsaciennes. Il s’agissait d’expérimenter une plateforme d’écoute et de médiation musicale en bibliothèque pour quatre structures différentes : les deux bibliothèques départementales, les Bibliothèques Municipales de Mulhouse et le réseau de la Communauté Urbaine de Strasbourg.
La plateforme de streaming et de médiation musicale
L’ensemble des partenaires ont co-construit un cahier des charges pour cette plateforme de streaming qui devait rester relativement proche du musicMe grand public pour ne pas entrainer des développements longs et coûteux pour eux dans la mesure où le marché était incertain. Les fonctionnalités proposées sur les 4 sous-domaines sont les suivantes:
- Ecoute d’extraits de 30 secondes pour tous sans être inscrits.
- Ecoute intégrale pour les inscrits (pour les morceaux autorisés par les ayants-droits) ainsi que l’ensemble des fonctionnalités existantes sur la plateforme tout public de musicMe sauf le téléchargement musical et le streaming vidéos dont le coût est prohibitif.
- Plusieurs canaux radios personnalisées. Il ne s’agit pas de radios au sens strict mais de grandes playlists partagées. Ici les utilisateurs inscrits ou pas ne peuvent pas zapper d’un morceau à l’autre. Avec le point suivant c’est l’une fonctionnalités nous permettant de faire de la médiation numérique.
- Personnalisation et éditorialisation des unes et de certaines rubriques
- Formulaire d’inscription adapté
La partie administration nous permet de gérer les inscriptions et les radios ainsi que de suivre les statistiques de consultation.
MusicMe fournit aussi une API qui permet d’intégrer via un webservice l’écoute d’extraits dans les notices catalographiques d’un portail documentaire.
Enfin pour la valorisation de la scène locale, il est possible de faire numériser, après signature d’un contrat avec musicMe, le CD d’un groupe local autoproduit pour qu’il puisse apparaître sur la plateforme de notre bibliothèque.
Un modèle économique encore perfectible
Au début de l’expérimentation, nous étions partis sur un modèle économique très risqué pour les bibliothèques : le paiement à l’acte, c’est à dire pour chaque écoute. Outre l’abonnement annuel, nous devions payer 4 centimes pour chaque écoute. En cas de succès nous aurions soit fait exploser nos budgets au détriment d’autres acquisitions soit été obligé de limiter le nombre d’écoutes par utilisateur. Même si nous ne croyons pas à la ruée du public vers notre plateforme, – les usagers ayant déjà pris d’autres habitudes d’écoutes en ligne-, l’attribution de la subvention nous permettait d’expérimenter dans des conditions plus sereines.
Au bout de quelques mois, grâce au pouvoir de conviction des bibliothécaires et au pragmatisme de musicMe, nous avons pu changé d’optique et aboutir à un modèle forfaitaire plus compatible avec les budgets des collectivités publiques. Le forfait est basé sur le nombre d’abonnés utilisant le service et non le nombre total d’abonnés de la bibliothèque. Il y a plusieurs tranches avec une dégressivité. Cependant le modèle est perfectible car il n’y a pas assez de progressivité dans les tranches les plus hautes et la facture peut s’avérer très élevée quand certains seuils sont dépassés.
La plateforme a quitté début 2012 le stade expérimental pour la commercialisation à l’ensemble des bibliothèques françaises et nous comptons bien sur nos collègues pour faire évoluer à la fois les fonctionnalités et le modèle économique.
Bilan et perspectives
L’expérimentation est un succès tant du point de vue de musicMe qui peut proposer aux bibliothèques un service de streaming qui correspond à peu ou prou à leurs besoins même s’il est encore perfectible.
Sur les 3 plateformes ayant fonctionné assez longtemps pour que nous ayons du recul, il y a eu 1300 inscrits et plus de 150 000 écoutes en 18 mois. Dans une enquête qualitative que les deux BDP ont mené après 12 mois d’existences avec un très bon taux de retour (22 % des personnes contactées par mail ont répondu), les personnes interrogés se sont révélées très satisfaites du service et notamment des radios créées par les bibliothécaires musicaux. Comme la communication s’est faite en priorité auprès des usagers de nos bibliothèques, il apparaît clairement dans le panel des réponses que nous avons touché les lecteurs classiques des bibliothèques qui voulaient bénéficier d’une offre légale d’écoute de musique en ligne mais nous n’avons pas vraiment attiré un nouveau public. Plus de 90 % trouve la musique qu’ils cherchent et 95 % sont satisfaits de l’offre de webradios. Ils ont par ailleurs 77 % a déclarer faire des découvertes musicales grâce à la plateforme des bibliothèques et 62 % nous disent avoir emprunter des disques suite aux écoutes faites en ligne. En revanche, ils sont moins de 40 % à utiliser les fonctionnalités avancées tel que la création de playlists propres ou la propulsion sur les réseaux sociaux.
L’expérimentation est aussi positive du point de vue de l’appropriation de la plateforme par les bibliothécaires musicaux qui ont rapidement modifié les albums sur les différentes unes et qui ont mis en ligne de nombreuses radios thématiques. Il faut saluer en particulier l’investissement et la régularité des collègues du Bas-Rhin avec une radio collaborative par mois et une radio par mois pour chaque bibliothèque. L’adoption de la plateforme par d’autres usagers notamment les plus jeunes passent par une dimension plus participative tel que la co-création de radios mises ensuite en ligne sur la plateforme. Quelques ateliers dans ce domaine comme à Benfeld ou à Guebwiller ont montré la pertinence d’une telle approche.
Comme chaque site est indépendant, l’auditeur alsacien n’a pas de visibilité sur l’ensemble des radios créées. C’est pourquoi nous avons mis en place une page facebook qui s’appelle MusiK’heim, (le village de la musique…) Nous pourrons aussi y mettre en valeur les actions collaboratives rendues possibles grâce à cette expérimentation comme un petit festival de la scène locale prévu en octobre 2012.
Il y a encore des évolutions à apporter pour une pleine utilisation dans le domaine de la médiation musicale comme un player exportable, un espace pour publier des informations même des brèves, et des fonctionnalités sociales plus performantes. Cependant la plateforme existante est une bonne base pour les bibliothèques qui voudraient proposer de la musique en ligne en complément des fonds physiques. Plusieurs fournisseurs de bibliothèques s’en sont d’ailleurs emparés pour la commercialisation et certains l’intègrent même dans une plateforme plus large de médiation en bibliothèque avec une dimension sociale affirmée.
L’essor de l’offre légale de musique en ligne pour les bibliothèques dépendra à l’avenir très étroitement des évolutions et des changements qui pourront intervenir dans la cadre de l’Hadopi II où les conditions financières et juridiques deviendraient plus favorables pour les collectivités locales.
L’ACIM (Association pour la Coopération des professionnels de l’Information Musicale) et les associations professionnelles y contribueront activement dans les prochains mois.
Xavier Galaup
Médiathèque Départementale du Haut-Rhin
Président de l’ACIM
Photo article @ Ablestock.com – Thinkstock
Design graphique image de Une : Jean-François Hénane
Les plateformes de streaming de haute qualité sonore sont l'avenir, la qualité globale de la musique diffusé illégalement est médiocre, c'est en proposant des très bonnes résolutions sonores que viendra le salut de la musique en ligne.
C'est une tres bonne idée de développer ce genre de plateforme streaming et ainsi lutter contre les grosses boites américaine leader du secteur.